La Fabrique des Imposteurs (2013)    

L'imposteur est aujourd'hui dans nos sociétés comme un poisson dans l'eau : faire prévaloir la forme sur le fond ; valoriser les moyens plutôt que les fins ; se fier à l'apparence et à la réputation plutôt qu'au travail et à la probité ; préférer l'audience au mérite ; opter pour le pragmatisme avantageux plutôt que pour le courage de la vérité ; choisir l'opportunisme de l'opinion plutôt que tenir bon sur ses valeurs ; pratiquer l'art de l'illusion plutôt que s'émanciper par la pensée critique ; s'abandonner aux fausses sécurités des procédures plutôt que se risquer à l'amour et à la création. Voilà le milieu où prospère l'imposture !

Notre société de la norme, même travestie sous un hédonisme de masse et fardée de publicité tapageuse, fabrique des imposteurs. L'imposteur est une véritable éponge vivante des valeurs de son temps, fétichiste des modes et des formes. L'imposteur vit à crédit, au crédit de l'Autre.

Sœur siamoise du conformisme, l'imposture est parmi nous. Elle emprunte la froide logique des instruments de gestion et de procédure, les combines de papier et les escroqueries des algorithmes, les usurpations de crédits, les expertises mensongères et l'hypocrisie des bons sentiments.

De cette civilisation du faux-semblant, notre démocratie de caméléons est malade, enfermée dans ses normes et propulsée dans l'enfer d'un monde qui tourne à vide. Seules l'ambition de la culture et l'audace de la liberté partagée nous permettraient de créer l'avenir.

 

   La santé totalitaire (2005)   Essai sur la médicalisation de l'existence.

Comment peut-on être malade aujourd'hui dans une médecine qui transforme le patient en consommateur, sans souci authentique pour sa souffrance psychique ? L'oubli du malade dans la médecine contemporaine semble être le prix à payer pour des soins toujours plus rationnels et scientifiques. L'exploration du corps humain, le diagnostic précoce des maladies, l'acharnement à les combattre par des traitements douloureux et invasifs, exproprient " pour son bien " le patient de son corps. 

À travers des protocoles de diagnostic et de soins très standardisés, à travers le contrôle social de nos existences par une surveillance médicale accrue au nom de la santé publique, nos modes de vie se retrouvent toujours plus normalisés. Comment alors restituer au patient sa valeur de sujet et ses droits pour éviter de le transformer en marchandise au profit des industriels de santé ? Comment concilier les exigences de la médecine scientifique et sa nécessaire vocation " thérapeutique " ?  

À partir de son expérience du soin psychique, le psychanalyste a plus que jamais le devoir éthique et politique de mettre en garde contre les dérives de cette médicalisation généralisée et la " passion de l'ordre " qu'elle semble recouvrir.

Roland Gori.

Roland Gori.

   Roland GORI    

Roland Gori est psychanalyste, professeur honoraire en psychopathologie à Aix-Marseille-Université et président de l'association Appel des Appels. Il a publié une vingtaine de livres, aux éditions " Les Liens qui Libèrent " :

  • la Dignité de penser,
  • Faut-il renoncer à la liberté pour être heureux ?
  • Un monde sans esprit
  • La santé totalitaire (avec Marie-José Del Volgo).
  • La Fabrique des imposteurs.
La Fabrique des Imposteurs (2013).

La Fabrique des Imposteurs (2013).

La Santé totalitaire (2005).

La Santé totalitaire (2005).

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